L’Approche Centrée sur la Personne (ACP) a été développée par le psychologue humaniste Carl Rogers. Elle repose sur une conviction simple : chaque personne possède en elle les ressources nécessaires pour évoluer, à condition de bénéficier d’un climat relationnel qui le lui permette.
Trois attitudes fondamentales
La congruence
Une authenticité du thérapeute dans la relation.
Le regard positif inconditionnel
Une acceptation sans jugement de la personne telle qu’elle est.
La compréhension empathique
Une écoute qui cherche à saisir le vécu de l’autre de l’intérieur.
Caractéristiques d’une approche centrée sur la personne
Ce que Carl ROGERS (1962) écrit à propos de l’entretien dans la relation d’aide avec un thérapeute, s’applique aussi à toute relation humaine…
Dans le cadre de la psychothérapie et de la relation d’aide, des conditions sont dites nécessaires et suffisantes, pour assurer l’écoute et l’accompagnement, en supervision individuelle, comme dans les groupes d’analyse de pratique professionnelle. Ces conditions sont les attitudes fondamentales, développées par le psychologue Carl Rogers, qui peuvent être résumées comme ci-dessous.
« Qu’est-ce que j’entends par Approche Centrée sur la Personne ? C’est l’expression du thème de toute ma vie professionnelle qui s’est clarifié au cours de mon expérience, de mes interactions avec les autres au fil de ma recherche.
L’hypothèse centrale de cette approche peut être brièvement résumée ainsi :
L’individu possède en lui-même des ressources considérables, pour se comprendre, se percevoir différemment, changer ses attitudes fondamentales et son comportement vis-à-vis de lui-même. Mais seul un climat bien définissable, fait d’attitudes psychologiques facilitatrices, peut lui permettre d’accéder à ses ressources.
Il y a trois conditions requises pour qu’un climat soit favorable à la croissance de l’individu, qu’il s’agisse d’une relation client-thérapeute, parent-enfant, leader-groupe, enseignant-enseigné, administrateur-administré.
Ces conditions sont, en fait, applicables partout où le développement de la personne est en jeu. Je n’en présente ici qu’un bref résumé mais la description s’applique à toutes les relations mentionnées ci-dessus.
A la première on peut donner le nom d’authenticité, de réel ou de « congruence ». Plus le thérapeute est lui-même dans la relation, sans masque professionnel ni façade personnelle, plus il est probable que le client changera et grandira de manière constructive. Cela signifie que le thérapeute « est » ouvertement les sentiments et les attitudes qui circulent en lui au moment présent. C’est le terme transparent qui fait le mieux saisir la saveur de cette condition : le thérapeute se fait transparent pour le client.
Le client peut complètement voir ce qu’est le thérapeute dans la relation ; il n’y a en lui aucune réserve que le client puisse ressentir. Par ailleurs, le thérapeute prend conscience de l’expérience intérieure qu’il est en train de faire. Il peut la vivre dans la relation et la communiquer s’il le juge opportun.
Il y a donc une grande similarité, ou congruence, entre ce qui est ressenti au niveau viscéral, ce qui est présent à la conscience, et ce qui est manifesté au client.
La seconde attitude qui est essentielle à la création d’un climat de changement est l’acceptation, l’attention, l’estime – ce qui est appelé « le regard positif inconditionnel ». Lorsque le thérapeute éprouve une attitude positive et d’acceptation face à tout ce que le client est en ce moment, peu importe ce qu’il est à ce moment-là, il est vraisemblable qu’un mouvement ou changement thérapeutique se produira. Le thérapeute est désireux que le client soit le sentiment immédiat qu’il éprouve au moment même, quel que soit ce sentiment : confusion, ressentiment, crainte, colère, amour ou orgueil. Cette attention de la part du thérapeute n’est pas possessive. L’estime qu’il a pour son client est plutôt totale que conditionnelle.
Le troisième aspect facilitateur de la relation est « la compréhension empathique ». Cela signifie que le thérapeute ressent avec justesse les sentiments et les significations de ce dont le client est en train de faire l’expérience. Cela signifie aussi que le thérapeute lui communique cette compréhension.
Quand il est au mieux de son fonctionnement, le thérapeute est tellement à l’intérieur du monde de l’autre que non seulement il peut clarifier les significations de ce dont le client a pris conscience mais aussi de celles qui se situent juste au-dessous du niveau de la prise de conscience. Ce type d’écoute sensible et actif est extrêmement rare dans nos vies. Nous pensons écouter mais notre écoute est rarement assortie d’une compréhension réelle, d’une véritable empathie.
Pourtant, une écoute de ce type très particulier est l’une des plus puissantes forces de changement que je connaisse.
Comment le climat que je viens de décrire peut-il être facteur de changement ?
Brièvement, je dirai que lorsque les personnes sont acceptées et estimées, elles ont tendance à être davantage bienveillantes vis-à-vis d’elles-mêmes.
Lorsque les personnes sont entendues avec empathie, elles peuvent écouter avec plus de justesse le flot de leurs experiencings internes. Dans la mesure où une personne comprend et estime son propre soi, le soi devient plus congruent avec les experiencings. La personne devient plus réelle, plus authentique.
Ces tendances, réciproques des attitudes du thérapeute, permettent à la personne d’être un acteur encore plus efficace dans l’accomplissement de son propre développement. A être vraie et totalement elle-même, la personne dispose d’une plus grande liberté.
Lors des séances, individuelles ou de groupe, je fais l’expérience de ces trois attitudes. La mise en place d’un tel travail auprès des professionnels, est vécu sur différents aspects :
- Il permet le développement de compétences à l’écoute de l’autre et la relation d’aide.
- Il permet de prendre du recul et à mettre à distance des situations difficiles, en veillant à ne pas aller dans le conseil.
- Il permet d’aider son pair à explorer ses propres pistes. Avec cette volonté d’aider l’autre à analyser sa pratique, plutôt que de l’analyser à sa place.
- Cela amène la personne à une meilleure prise de conscience sur sa part de responsabilité dans la relation, sur ce qui se joue lors des interactions.
- Cela permet aussi de clarifier des aspects plus personnels, qui ne peuvent se parler en groupe et qui ont pourtant une incidence sur le travail.
La confrontation de points de vue différents, la réassurance liée au partage de questions et de difficultés rencontrées favorisent une meilleure appréhension de situations similaires vécues par les membres du groupe. Ce sont des situations de travail qui amènent une interrogation de l’individu sur lui-même, sur son savoir-faire et son savoir-être dans les relations interpersonnelles.
Experiencing : terme qui n’a pas d’équivalent lexical en français. Il signifie une expérience interne qui est en train de se faire.
Dans cette approche, la praticien rogérien n’est pas dans une posture d’expert qui dirige ou interprète, mais dans une posture d’accompagnement : le client reste l’expert de sa propre vie. Pour savoir concrètement comment se déroule un accompagnement, consultez la page Déroulement d’une thérapie.