« Tu sais, je réalise que j’ai arrêté de me droguer le jour où j’ai arrêté de vouloir arrêter de me droguer. »
Il y a quelques années, j’ai croisé un homme qui m’a marqué par une phrase confiée un jour, presque en passant. Cette phrase m’est revenue récemment, sans prévenir, et j’ai eu envie de vous la partager. Elle dit beaucoup, il me semble, du lien entre addiction, volonté et changement.
Cet homme avait traversé des années difficiles, dans une vie où la drogue se tenait en toile de fond. De multiples tentatives d’arrêter, des rechutes, des techniques essayées les unes après les autres, et cette culpabilité qui revenait sans cesse, à chaque fois qu’il retombait. C’est dans ce contexte qu’un jour, il m’a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée.
Sur l’instant, cette phrase est venue me toucher. J’ai laissé le silence prendre de la place devant ce qu’il me confiait. En le regardant, j’ai senti une forme de lien qui nous tenait proches. J’avais le sentiment qu’il venait de me confier un moment essentiel de son propre cheminement, dans une complicité où le temps aurait pu s’arrêter. Ce fut un instant fort pour moi. Une phrase comme celle-là, on ne la commente pas tout de suite : on la laisse résonner. Et visiblement, cette phrase a continué de résonner en moi pendant des années, puisqu’elle m’est revenue aujourd’hui avec la même force qu’au premier jour.
Le changement, une affaire de volonté ?
Comme beaucoup, il m’arrivait encore de croire que le changement est une affaire de volonté.
On se dit « il faut que j’arrête », on serre les dents, on tient bon. Et parfois, ça marche, bien sûr. Mais ce n’est pas applicable partout, et il arrive que cela ne dure qu’un temps. C’était le cas dans la vie de cet homme. Dans ce qu’il m’avait décrit, il y avait autre chose : le jour où il avait cessé de se battre contre lui-même, quelque chose s’était enfin déplacé.
Ce n’est pas qu’il ait baissé les bras. C’est plutôt qu’il avait arrêté de faire de sa consommation un ennemi à vaincre à la force du poignet. Et c’est précisément là, dans cet arrêt de la lutte, que le changement est devenu possible, presque naturellement.
La tendance actualisante selon Carl Rogers : une force qui n’a pas besoin d’être forcée
Cette phrase me ramène à ce que Carl Rogers, fondateur de l’Approche Centrée sur la Personne, a mis des années à formuler avec précision : je porte en moi, comme chacun, une tendance à aller vers ce qui me fait grandir, m’accomplir, me maintenir en vie au sens le plus plein du terme. Il appelait cela la tendance actualisante. Il me semble que ce jour-là, j’ai été au contact de la sienne.
Le plus étonnant, c’est que je n’ai pas besoin de motiver cette force, de la stimuler, de la pousser depuis l’extérieur. Elle est déjà là. Ce qui l’empêche parfois de s’exprimer, ce n’est pas un manque de volonté. C’est souvent l’inverse : une volonté tournée contre moi-même, qui juge, qui exige, qui me divise entre celui qui doit changer et celui qui résiste.
Et tant que cette division existe, je me bats contre moi-même. Je n’avance pas.
Ce que j’en retiens dans mon travail d’accompagnement
C’est pour cela que je ne cherche plus à convaincre une personne de changer, ni à lui donner la motivation qui lui manquerait. Ce n’est pas mon rôle, et surtout, ça ne fonctionne pas comme ça. Ce que je peux offrir, c’est un espace où la personne peut cesser, ne serait-ce qu’un instant, de se combattre elle-même : être écoutée sans jugement, accueillie telle qu’elle est, avec ce qui la traverse. Et cela est tellement précieux.
C’est souvent dans cet espace-là, quand la lutte s’arrête, que quelque chose peut enfin bouger.
Je ne sais pas s’il mesurait, en la prononçant, la profondeur de ce qu’il venait d’exprimer. Mais sa phrase résume, mieux que bien des textes théoriques, ce que j’essaie de transmettre : le changement n’est pas quelque chose que j’arrache à moi-même. C’est quelque chose qui advient, quand je cesse enfin de m’y opposer.
Être accompagné à Saint-Pierre, à La Réunion
Si vous vous reconnaissez dans cette lutte contre vous-même, qu’elle concerne une consommation, une habitude ou tout autre chose qui vous pèse, je vous accueille dans mon cabinet à Saint-Pierre, dans le sud de La Réunion, ainsi qu’en visioconférence. Un accompagnement dans l’Approche Centrée sur la Personne peut aussi venir compléter, lorsque c’est nécessaire, un suivi médical ou en addictologie.
Emmanuel Picard – Psychopraticien certifié dans l’Approche Centrée sur la Personne, thérapeute conjugal/familial et sexothérapeute à Saint-Pierre, La Réunion.

